Sur l'itinéraire

Sur l'itinéraire

 Des tables d'orientation ponctuent le parcours vaudois du chemin des huguenots. Chacune met en valeur un personnage emblématique en lien avec la migration des huguenots en Suisse. En voici deux : celle de La Chaux sur Cossonay et celle de payerne.

Table d'orientaion à La Chaux sur Cossonay

L'histoire des huguenots donne des exemples caractéristiques de l’évolution de l’Europe occidentale entre la fin du moyen- âge et le début de l’époque moderne (à partir de la renaissance du 16e siècle). Une chose cependant n’était pas nouvelle : il y a toujours eu plusieurs christianismes très différents. Cette diversité a commencé du temps de Jésus, donc elle existait depuis 1500 ans à l’époque des grandes réformes du 16e siècle.

Ce qui était nouveau à la fin du moyen-âge c’est l’implication des pouvoirs politiques dans l’organisation du christianisme. Les princes ou, ici, leurs excellences, s’occupaient de la religion de leurs sujets. Au 16e siècle, au début de la grande modernisation du christianisme, le royaume de France était constitué (en gros) d’un tiers de protestants. Mais avec l’implication des politiques, certaines régions étaient plutôt protestantes et d’autres plutôt catholiques romaines.

Dès le 16e siècle, des protestants français habitaient dans des régions plutôt catholiques et ils ont commencé à quitter le royaume. C’est le cas de Robert du Gard de Fresneville, un gentilhomme protestant de Picardie. Il acquiert le 25 août 1540 l'ancienne commanderie de La Chaux-sur-Cossonay. Du temps des croisades elle appartenait, aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem mais, en 1540 les croisades sont terminées depuis longtemps. La commanderie tombe en ruine.

Robert du Gard entreprend sa reconstruction. Et les historiens considèrent le « château de La Chaux » comme l’œuvre de Roger du Gard. Certaines parties de l'édifice du XVIᵉ siècle subsistent encore aujourd'hui. Ainsi, Robert du Gard joue un rôle important dans l'histoire de La Chaux-sur-Cossonay. Il fonde la branche vaudoise de la famille Du Gard. Elle va habiter le château pendant plusieurs générations. A tel point que certains ouvrages généalogiques parlent des Du Gard de la Chaux. A la fin du XVIIᵉ siècle l'unique héritière, Anne du Gard, épouse Daniel de Chandieu.

Fin 16e siècle (donc après l’installation de Robert du Gard et d’autres encore), le roi Henri IV met fin à la guerre des religions mais, par la suite, la royauté française réduit, petit à petit, la place des protestants jusqu’à ce que Louis XIV interdise le protestantisme. C’est alors que commence l’exode massif des protestants de France. Ceux du sud-est empruntent des sentiers discrets dans les alpes et arrivent par Chancy ou par bateau à Genève et dans le pays de Vaud. A partir de là, ce n’est plus un sentier mais un chemin puisqu’il n’est plus nécessaire de se cacher.

Du temps de Robert du Gard les huguenots étaient déjà des entrepreneurs. Ils étaient attachés à la liberté et à l’innovation. D’autant plus qu’ils ne pouvaient pas faire les carrières traditionnelles, réservées, dans le royaume de France, à la noblesse catholique. Alors, lorsqu’ils s’enfuient sous Louis XIV, ils emportent avec eux leur savoir-faire. Ils ont mis leurs compétences et leur énergie au service des sociétés qui les ont accueillis. 

Bien sûr, il y a eu tellement de réfugiés que beaucoup ont dû continuer leur route. Certains sont allés jusqu’ à Berlin et sont à l’origine du développement de la ville. Lorsqu’ils s’installaient dans une terre d’accueil ils construisaient une boulangerie, une école et une église. Ils attachaient de l’importance à toute la personne humaine dans ses trois dimensions : le corps, l’intellect et la spiritualité.

Et oui parfois nous devons changer de vie pour la réussir.

Comme nous sommes à La Chaux, je vais dire un mot inspiré par le jardin développé ici. A ma connaissance, il n’y a aucun rapport avec le sentier des huguenots. Mais les huguenots ont emporté des graines et ont introduit des cultures nouvelles en particulier pour le blé. Et ils avaient des compétences en boulangerie. Là où ils se sont installés ils ont développé l’art de faire du pain. (Bon, il y avait aussi des banquiers, c’était sans doute aussi très utile _sourire_). 

Mais je trouve l’exemple de la boulangerie très parlant car c’est une activité pour toute la population. Ils avaient des compétences dans beaucoup de domaines et ils ont amélioré leur vie et celle des autres là où ils se sont installés. C’était un exil réussit pour eux : vie sauve, possibilité de faire vivre leur famille, liberté de croire et d’entreprendre. Ils ont eu le courage de fuir pour réussir. Et oui parfois nous devons changer de vie pour la réussir.

Mais il y a plus : 100 ans après le départ des huguenots la France a raté la première révolution industrielle à cause de leur exil. Les sociétés qui accueillent prospèrent sur le long terme, pas seulement sur le moment, et les sociétés qui se ferment déclinent sur le long terme, pas seulement sur le moment.

 

Table d'orientation à Payerne 

Cette table mentionne l'action de Jean-Pierre de Trey car il a vécu entre 1642 et 1710, donc justement pendant la période de l’exode des huguenots ! C’est une figure marquante de la ville. Il est apothicaire, conseiller municipal et c’est un intellectuel engagé. En 1674, il est nommé superintendant des poids et mesures, puis accède au poste de gouverneur de la ville en 1698–1699. Il siège également au Conseil municipal.

Jean Pierre de Trey se distingue par son engagement humanitaire, notamment en accueillant plusieurs familles de réfugiés huguenots. Grâce à lui des huguenots ont trouvé refuge ici à Payerne. Il laisse une œuvre manuscrite importante, comprenant notamment un traité sur les institutions politiques de Payerne. Sa bibliothèque personnelle comptait environ 500 ouvrages couvrant des domaines variés tels que la théologie, l’histoire, la médecine et la pharmacopée.

Et surtout il est emblématique de cette volonté suisse d’accueillir les huguenots

Ses descendants perpétuent la tradition familiale en devenant pasteurs, médecins et chirurgiens. Jean Pierre de Trey incarne la figure du notable éclairé de son époque, alliant compétences scientifiques, engagement civique et ouverture aux autres. Et surtout il est emblématique de cette volonté suisse d’accueillir les huguenots

Notre table mentionne également Isaac de Trey, sous-préfet de Payerne, député au Grand Conseil vaudois, puis Conseiller d'État. Quand à Frédéric de Trey (1735-1804), il fonde une fabrique d'indiennes à Berne. Il a sans doute bénéficié des compétences des Huguenots dans le domaine de la fabrication de ces tissus. Nous citons aussi Émile de Trey (1846-1898), médecin-dentiste à Bâle. Il invente des techniques dentaires commercialisées à Philadelphie, Londres et Zurich. Je signale également le nom des Rapins. Au moins une des branches est d’origine huguenote et il est possible que la peintre Aimée Rapin soit une descendante des huguenots.