L’Esprit en mouvement : Actes 1 et 2


Après le départ de Jésus, les disciples traversent un temps de deuil nécessaire avant de se relever. L’Esprit Saint transforme alors la diversité des langues en outil d’unité. Pierre annonce que Dieu agit dans l’histoire et renouvelle la tradition. La foi devient événement, geste spontané et joie partagée, loin des longues études.

Ne pas rester figé, Actes 1.1 à 14

Vous restez là à regarder le ciel (v. 11)

Les disciples vivent des jours étranges avec Jésus absent mais pourtant présent. Puis il les quitte définitivement et les laisse seuls face à leur destin. Ces quarante jours symbolisent un temps de déprime, le délai indispensable pour intégrer une absence devenue désormais permanente. Après le Vendredi Saint, le groupe reste désemparé et fixé sur le passé. Jésus apparaît ici ou là mais le processus de séparation suit son cours. Au terme de cette période, ils restent plantés à fixer le firmament. Des hommes leur disent alors de ne pas rester ainsi le regard levé. La vie va recommencer lentement mais sûrement. Nous acceptons difficilement qu’une réalité adverse exige du temps pour être intégrée. Dieu laisse ce délai nécessaire aux disciples. Sachons donner ce temps aux autres et à nous-mêmes après les cruautés que la vie envoie parfois. Le deuil précède toujours la renaissance.

Se relever entre amis, Actes 1.15 à 26

Il faut choisir quelqu’un qui nous rende témoignage de sa résurrection (v. 22)

Après l’immense désarroi du Vendredi Saint et la difficulté à accepter la résurrection, les disciples se ressaisissent enfin. Ils ne regardent plus le ciel et songent désormais à l’avenir. Ils sortent de ce temps de dépression et commencent à revivre pleinement. Ils se relèvent de la mort ayant envahi leur âme lors de la crucifixion. Ce processus a demandé du temps mais ils sont maintenant prêts. Ils se retrouvent entre eux pour désigner un successeur à Juda. Cette étape marque la sortie définitive du désespoir. Ils agissent dans le cercle bienveillant de leurs amis proches. Ils ne vont pas tout de suite haranguer les foules extérieures. La Bible raconte ici une grande sagesse humaine. Il faut d’abord du temps pour réaliser ce qui arrive et s’en remettre. Ensuite il faut se bouger comme nous le disons souvent. Cela signifie se retrouver avec des amis de confiance. Les premiers pas après un tel désespoir se font dans un cercle bienveillant. Dieu ne pousse jamais personne à griller les étapes nécessaires. Quelle sagesse infinie se cache dans cette patience divine. L’amitié restaure le courage perdu.

La diversité apprivoisée, Actes 2.1 à 13

Ils se mirent tous à parler d’autres langues selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer (v. 4)

Selon le récit de la tour de Babel, Dieu crée la diversité des langues humaines. Plus de dictature sur terre avec une seule langue et un édifice monstrueux. Plus de société uniforme et aseptisée par la pensée unique. Au contraire la diversité règne dans le genre humain et constitue sa principale richesse. Mais la diversité engendre souvent de grandes difficultés entre les peuples. Difficulté à se comprendre, à se connaître, à s’apprécier mutuellement. Une nouvelle étape s’avère nécessaire afin que la diversité serve les humains au lieu de les handicaper. Le récit de Pentecôte constitue la suite logique de Babel et la seconde étape. Oui il est possible de se comprendre malgré la diversité linguistique et culturelle. Bien sûr cela demande des efforts considérables de chaque participant. Sans doute autant que pour construire une tour monstrueuse et démesurée. Il faut toute l’énergie de l’Esprit Saint pour y parvenir pleinement. Certes se comprendre n’est pas aisé dans un monde fragmenté. Mais Dieu soutient les efforts de compréhension réciproque entre les nations. Il sait que la construction d’une société harmonieuse demande bien plus d’énergie que l’érection d’une tour. L’Esprit fait de nos différences une symphonie.

La confiance au-delà des signes, Actes 2.14 à 28

Ceux qui feront appel au nom du Seigneur seront sauvés (v. 21)

Vingt-cinq siècles avant les films fantastiques mettant en scène des guerres interstellaires, le prophète Joël annonçait déjà des événements fantastiques et parfois terrifiants. Joël annonce également que ceux qui font appel au Seigneur seront sauvés. Puis Pierre cite David, ce roi de légende chantant sa confiance en Dieu. Malgré l’usage de paroles annonçant des terreurs quasi extraterrestres avec sang, feu et soleil sombre, ce passage abonde en images positives. Pierre exprime une confiance totale en Dieu au milieu des pires tourmentes. Dieu veille sur l’humanité même dans le chaos apparent. Et Pierre va plus loin dans son audace théologique. Pour lui ces écrits anciens parlent directement de Jésus de Nazareth. De nos jours nous lui demanderions des preuves tangibles et vérifiables. Nous ferions une enquête puis éventuellement une contre-enquête minutieuse. En saurions-nous davantage pour autant sur le mystère de la foi ? Rien n’est moins sûr car la raison seule ne suscite pas la foi. Elle peut la rendre raisonnable aux yeux du monde. Mais la foi reste d’abord la confiance de base en l’accompagnement divin. Dieu nous accompagne quels que soient les événements traversés. La foi dépasse toujours la raison exigeante.

Tradition et audace, Actes 2.29 à 36

Dieu l’a ressuscité en le délivrant des liens de la mort (v. 24)

Il reste dur de comprendre le discours de Pierre avec ses références anciennes ne correspondant plus à notre culture contemporaine. Lorsque Luc écrit le livre des Actes, la polémique est grande au sein du peuple d’Israël. Sur quelles bases asseoir la foi en Dieu et en son projet pour le monde ? Les grands ancêtres dont l’histoire est consignée dans l’Écriture de l’époque ou la personne et l’œuvre de Jésus ? Luc cherche à montrer que l’œuvre et la personne du Christ permettent de vivre la foi en Dieu de manière nouvelle. Cette nouvelle voie reste en parfaite conformité avec la tradition ancestrale. Cela permet de dépasser la sempiternelle question de la fidélité et de la nouveauté. Être fidèle à la culture religieuse dont nous sommes héritiers signifie savoir la faire évoluer. Bien sûr cela comporte toujours le risque de dévoyer l’essentiel du message. Faux risque car Dieu est si grand qu’il se joue de nos innovations maladroites. Il ne regarde que notre courage dans le renouvellement permanent des formes. L’audace garde vivante la tradition.

La foi comme événement, Actes 2.37 à 41


Ceux qui accueillirent sa parole furent baptisés (v. 41)

Voilà un baptême à grand spectacle avec trois mille personnes d’un coup ce jour-là. Ils n’ont sans doute pas été baptisés par immersion totale dans l’eau. Voilà de quoi apaiser les polémiques actuelles sur la forme des baptêmes administrés. Pas de longue catéchèse préalable pour ces nouveaux croyants avides de changement. Un simple discours de Pierre suffit et tous ceux qui sont touchés peuvent se faire baptiser. La confession de foi semble simplement être de croire en Jésus Christ comme Seigneur. Le christianisme se révèle ainsi une religion de l’événement pur et simple. Cet événement constitue l’irruption de Dieu dans notre monde matériel et historique. D’abord à travers l’histoire de l’Ancien Israël et ensuite par la venue de Jésus le Christ. Le christianisme n’est donc pas une religion du livre et de la seule étude textuelle. Les débuts du christianisme sont constitués par une suite d’événements symbolisés par le baptême. Avant d’être une forme de foi basée sur l’étude d’un livre sacré, le christianisme se fonde sur un geste. Nous sommes bien loin du sage étudiant l’Écriture toute la journée dans son coin. Loin de la confession de foi développée et complexe des théologiens. Nous sommes dans la spontanéité, la joie, le mouvement irrésistible de la vie. *La foi naît d’un geste avant d’être un concept.*