Le chemin des huguenots

Marcher vers l’Avenir

Le roi Henri IV met fin à la guerre des religions et, à partir de là, les protestants sont tolérés en France. Ils sont surtout présents dans le sud. (Mais il y en a aussi ailleurs). Lorsque 100 ans plus tard Louis XIV décide de supprimer le protestantisme dans le royaume une partie des protestants se convertissent (de force), les autres sont arrêtés ou réussissent à s’enfuir. Leur histoire a un sens dans notre présent et notre avenir.

Ceux qui habitent dans le sud-est de la France sont allés en Suisse. Certains restent ici, d’autres continuent jusqu’en Allemagne, Hollande, Angleterre, Amériques, Afrique du Sud. En mémoire de cette épopée un chemin de randonnée va de Aigues-Mortes jusqu’à Bad Karlshafen, dans le centre de l’Allemagne.

A l’époque, les protestants français s’appellent les Huguenots. Je ne sais pas pourquoi car je n’ai trouvé aucune explication vraiment convaincante. Louis XIV parlait de la religion prétendue réformée. En tout cas ce chemin de mémoire traverse toute la Suisse et s’appelle le chemin des huguenots.

Lecture : Genèse 12.1 à 5

Le texte choisi pour ce culte décrit la vocation d’Abraham. IL part de Mésopotamie pour aller dans le pays de Canaan arrosé par le Jourdain. C’est un nomade, il ira aussi en Egypte. Mésopotamie, Egypte et Canaan, cela constitue l’ensemble du monde connu de l’époque. Abraham est un globe-trotter comme on disait au 20e siècle. De nos jours il serait peut-être digital nomade ! Les trois grands monothéismes se fondent sur la vie d’un nomade.

Lorsqu’il débute ses pérégrinations il a, selon la Bible, septante-cinq ans. Dans la Bible, les chiffres sont symbolique. Personne ne savait exactement quel âge il avait. Les registres de naissance n’existaient pas. Les égyptiens pensaient qu’une personne mourrait de vieillesse vers 120 ans. Bien sûr, il y avait déjà des maladies et des accidents, mais une personne âgée croyait avoir plus de cent ans. Donc notre héros était déjà une personne mature et expérimentée mais pas encore un vieillard.

Pour commencer :

Abraham découvre le monde

Les nomades moutonniers de l’époque d’Abraham se déplaçaient dans un espace d’une quinzaine de Km. Notre patriarche lui bouge dans l’ensemble du monde connu de l’époque. C’est un citoyen du monde. Il vivra de belles choses mais devra aussi faire face à des situations très compliquées.

En ce temps-là, il y avait certes encore des monades, mais pour l’essentiel, l’humanité vivait déjà en sédentaire. Dieu a choisi un nomade évoluant au milieu de sédentaires pour se révéler à l’humanité. Je sais nous aimons les racines, mais les ailes peuvent aussi aider à l’épanouissement … ou sauver des vies.

1 Histoire des Huguenots

Positiver une tragédie

Après la décision de Louis XIV les huguenots doivent changer de vie. Certains vivrons un nomadisme purement intérieur en se convertissant, du moins en apparence au catholicisme. Ce n’est pas la décision la plus facile. Il faut savoir cacher ses convictions, éviter les dénonciations, réussir à dissocier la vie sociale de la vie intérieure.

D’autres seront emprisonnés ou déportés aux galères. Beaucoup réussissent à s’enfuir. Ceux du sud-est de la France peuvent cheminer discrètement par les alpes et atteindre le Léman. A cette époque, la commune de Chancy faisait déjà partie de Genève. Une belle ballade peut nous emmener le long du Rhône vers la frontière, à l’époque, c’était la porte de la liberté.

Comme l’exode est massif la ville du bout du lac sature. Pendant un temps 100 personnes arrivent chaque jour … dans une ville d’environ 12 000 habitants … il faut accueillir 3000 personnes par mois ! Impossible évidement. En plus la ville est entourée par le territoire du catholique duc de Savoie. Il faut donc accompagner les protestants vers d’autres terres, sans passer par les terres autour de la citée.

C’est alors que les bateaux utilisés pour amener les pierres depuis les carrières de Meillerie vont sauver les vies huguenotes. Certains venant directement des montages prennent le bateau depuis la côte française. Tous arrivent en terre vaudoise grâce à ces bateaux. De là, ils partent vers le nord. Par Payerne au début puis les Bernois les font passer par Neuchâtel l’itinéraire payernois devenant trop chargé.

Certains iront très loin, jusqu’aux Amériques ou en Afrique du sud. Il y a encore maintenant un vin d’Afrique du Sud qui s’appelle Héritage huguenot. Mais beaucoup iront dans l’Allemagne dévasté par la guerre de 30 ans. Jusqu’à la première guerre mondiale il n’y a pas eu de conflit plus destructeur en Europe. Du coup les Huguenots sont accueillis pour reconstruire les régions détruites.

Le Roi de Prusse fait même venir des Huguenots tout simplement pour développer Berlin. C’était une bourgade une bourgade de 5 000 habitants entourée de forêts et de marécage. Bref pas de quoi devenir le roi le plus puissant du Saint Empire romain germanique ! A partir de là, la ville se développe, et grâce à l’apport des huguenots.

2 Les valeurs défendues par les huguenots

La boulangerie, l’école et l’Eglise

La plupart des huguenots avaient des compétences utiles pour l’époque. Dans leurs régions d’accueil, ils peuvent valoriser leur savoir-faire. … Normal qu’ils fassent des efforts car l’accueil leur a tout simplement sauvé la vie ! L’association des amis du sentier huguenot a édité un petit ouvrage décrivant le parcours du sentier dans le canton de Vaud. Quelques-uns de ces Huguenots entreprenants et de leurs descendants y sont cités.

Là où ils sont, les huguenots prennent soin des corps, de l’esprit et du spirituel. Ils développent toute une conception de l’être humain symbolisé par les trois bâtiments qu’ils construisent lorsqu’ils arrivent sur des terres dévastées : la boulangerie, l’église et l’école.

Parmi leurs savoir-faire, la boulangerie occupe une place essentielle. Héritiers d’une tradition artisanale riche, ils excellent dans l’art de faire du pain. Ils nourrissent, leurs familles bien sûr mais aussi leurs nouvelles patries. Le pain symbolise le partage et la solidarité. Dans bien des villes leurs boulangeries deviennent des lieux de rencontre. La farine et l’eau, mêlées par leurs mains habiles, deviennent un symbole de renaissance. Chaque fournée le leur rappelle : Dieu ne les a pas abandonnés.

L’éducation des enfants leur tient aussi à cœur pour construire l’avenir et préserver leur identité. Dès qu’ils s’établissent quelque part, ils fondent des écoles. Nous sommes il y a plus de trois cent ans et l’éducation était un privilège pour quelques-uns. Les Huguenots, eux, la considère comme un droit pour toutes et tous. Grâce à leur engagement, certaines régions comme la Prusse bénéficient d’un essor intellectuel remarquable.

Et puis il y a l’Eglise, pas seulement un lieu de culte. C’est le cœur battant de la communauté. On s’y retrouve pour chanter des psaumes et écouter la prédication, mais aussi pour organiser l’entraide et trouver des opportunités de travail. Ils ont tout perdu alors ils doivent se reconstruire. L’église permet la solidarité et symbolise la présence de Dieu dans les malheurs comme dans le bonheur retrouvé.

3 Un cheminement pour notre temps

Changer sa vie pour la réussir

Apparemment la Bible ne dit pas pourquoi Abraham part, si ce n’est parce qu’il a reçu un appel de Dieu. Selon l’Ecriture Dieu dit tout simplement : je te bénirai et il ajoute, en toi seront bénies toutes les familles de la terre. Il a quitté sa zone de confort comme on dit de nos jours pour une raison positive : être une source de bénédiction pour toutes les familles de la terre. Il avait un projet de vie positif pour lui et pour les autres. Il a choisi de changer de vie pour la réussir.

Les huguenots choisissent eux aussi. Se convertir, au moins en apparence, ou changer de vie pour la réussir. La vie emprunte souvent un sentier sinueux, escarpé, caillouteux et propice aux chutes. Il faut parfois changer de vie pour la réussir, deviner un sentier, le façonner non sans erreur et essais infructueux et cela, bien souvent, sans aller à l’autre bout du monde.

La destinée des huguenots montre deux réalités. Pour leur vie individuelle ils ont osé quitter leur monde et ils ont réussi leur vie. L’impact est positif dès la première génération. Ensuite, les sociétés d’accueil ont prospéré, pas seulement sur une génération mais tout au long de l’histoire. La France au contraire a raté la première révolution industrielle à cause du départ des huguenots. L’impact de l’accueil est positif sur le long terme, le rejet apporte du négatif, lui aussi sur le long terme.

Mais encore

La marche sur le sentier des huguenots devient une métaphore du cheminement existentiel, une manière d’habiter le monde avec conscience et ouverture. À l’image d'Abraham quittant son pays, la marche est un acte de foi, une disponibilité à l’inattendu. Chez les protestants, la foi se vit dans la quête, le questionnement et l’évolution. Marcher signifie avancer sans certitudes absolues, mais avec une confiance profonde dans le mouvement même de la vie.