Du triomphe à l'abandon

Les rameaux : Jésus fait le buzz 

Marc 11.1 à 11

La fête des Rameaux marque l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. L'événement est important car les quatre évangiles le racontent. Or nous le savons, la foule accueille Jésus avec enthousiasme mais, moins d’une semaine plus tard, il sera crucifié. Cette tension entre succès et malheur est au cœur du message des Rameaux. Voici quelques réflexions sur les raisons pour lesquelles Jésus n'a pas été soutenu.


Les gens de l’époque ne lancent pas des confettis. Pour exprimer leur joie ils agitent des rameaux. Et dans le récit que nous allons entendre une partie des habitants crier leur joie. Ils disent gloire à Dieu et citent la fin du psaume 118.

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Marc 11.1 à 11

Pour commencer

Quatre grands courants influencent le judaïsme de l’époque de Jésus. Tous attendent une merveilleuse transformation de la société. Pour eux, Dieu va envoyer une personne extraordinaire pour présider à cette transformation. Pour désigner cet envoyé de Dieu les juifs utilisent le mot messias et les grecs christos.

1 Ceux qui savent

Il y tout d’abord les pharisiens, des prétentieux, sorte de « messieurs je sais tout.» Ils prétendent savoir tout ce que Dieu demande. Ils expliquent comment se comporter, grâce à des règles précises pour tous les domaines de la vie. Leur slogan faites comme moi car je sais ce qu’il faut faire.
Ils prônent un judaïsme fortement ancré dans le passé. Ils méprisent les autres car ils les considèrent comme des incultes ne sachant pas comment se comporter ni vis-à-vis de Dieu ni vis-à-vis des autres. Ils ont établi plusieurs centaines de règles à respecter. Ce sont des intellos, conservateurs et sectaires car c’est eux qui ont raison.
Heureusement des gens comme cela n’existent plus de nos jours.

Certains pharisiens soutiennent Jésus : en particulier Nicodème sera avec lui jusqu’à sa mort. Un autre, Simon organise un festin pour Jésus. D’autres le préviennent : fais attention, Hérode veut te tuer. Mais globalement, ils n’acceptent pas la liberté d’action et de pensée de Jésus. Il ne faudra pas compter sur eux pour lui venir en aide quand il en aura besoin. Ses rares amis seront minoritaires lorsque l’assemblée des notables de Jérusalem décidera de l’accuser et de le livrer au romains.

2 Les excités

Il y a aussi des terroristes appelés Zélotes. Courageux, ils veulent aider Dieu à transformer la société. Pour eux, il faut d’abord chasser les romains car la civilisation gréco-romaine, (le monde moderne de l’époque), ne correspond pas au monde idéal voulu par Dieu. Ils veulent donc un retour en arrière, avant la civilisation moderne et pour cela ils tuent de temps en temps un soldat romain.
Nous en connaissons un, Barrabas arrêté au cours d’une émeute où un soldat romain a été tué. Il a est libéré par Ponce-Pilate, pour la Pâques de l’an 33 de notre ère.
Ces gens, en général, vivent cachés. Ils sortent de leur cachette pour racketter les paysans car il faut bien qu’ils mangent ! Deux convictions les habitent. Tout d’abord, ils considèrent le monde d’avant comme bien meilleur, ils souhaitent donc retourner en arrière, en particulier à l’époque où la Judée ne faisait pas partie du monde romain. Et Deux, ils méprisent les autres, ceux qui n’ont pas le courage de combattre. Heureusement des gens comme cela n’existent plus de nos jours.

Ils n’aideront pas Jésus si besoin est car il n’est pas assez combatif à leur goût. Pourtant un des disciples de Jésus, Simon, fait partie de ces excités. De toute manière ils ne pourront pas l’aider lorsqu’il en aura besoin. Ce sont des hors la loi. Ils doivent éviter les romains s’ils ne veulent pas finir crucifié à leur tour.

3 Les privilégiés

Autre groupe, la grande bourgeoisie de Jérusalem, la capitale. Leur richesse vient, en particulier, du commerce autour du temple. Ils tiennent donc aux grandes fêtes religieuses : elles assurent une partie importante de leurs revenus. La Bible les appelle « Sadducéens ». Eux, ils sont ouvertement conservateurs. Il faut continuer à vivre une forme de religion basée sur les fêtes au temple. Outre qu’ils sont conservateurs, ils méprisent le petit peuple qui pourtant les faisait vivre. Heureusement des gens comme cela n’existent plus de nos jours.

Un d’eux s’appelle Chousa. Son épouse faisait partie de la troupe autour de Jésus. Elle les aide à vivre. Quand on est la femme de Chousa, on peut faire du mécénat. Mais la plupart de ces gens-là n’appréciaient guère Jésus, surtout après son irruption dans le temple pour en chasser les marchands. Il ne faudra pas compter sur eux pour le soutenir si besoin est.

4 Les purs

Et puis il y a des religieux purs et durs appelé les Esséniens. Ils ne se mélangent pas aux autres et mènent une vie austère : ils ne se resservent jamais à table, se soumettent à toutes sortes de règles. Par exemple ils se lavent souvent comme le demande leurs rites d’ablution. Ils n’acceptent pas les femmes mais adoptent des enfants pour pérenniser leur mouvement. En quelque sorte ils croient déjà vivre comme dans le monde de Dieu. Du moins comme ils l’imaginent. Ils sont solidaires, combattent l’esclavage et une partie d’entre eux vit en communauté. Contrairement aux terroristes ils ne veulent pas aider Dieu, ils attendent, comme les autres, l’arrivée d’un messie pour rétablir le monde d’avant. Ils puisent dans le passé leur conception du monde de Dieu. Ils vivent entre eux et estiment vivre déjà en partie, sur notre terre, le monde idéal voulu par Dieu. Heureusement des gens comme cela n’existent plus de nos jours.

Nous n’avons aucune trace de rencontre entre Jésus et ce mouvement, pourtant très actif à l’époque. De toute manière ils méprisent les autres, ceux qui n’ont pas une vie « aussi pure » que la leur. Donc, si un jour Jésus a besoin d’aide, il ne faudra pas compter sur eux.

Mais encore : Dieu : une route vers l’avenir

Le judaïsme de ce temps est dominé par des courants nostalgiques d’un passé révolu. Ce n’est plus le judaïsme de l’ancien testament, créatif et vivant. Jésus a pour mission de faire revivre une foi centrée sur l’épanouissement des personnes et des sociétés.

Dieu a fait irruption dans l’immobilisme de l’époque. En la personne de Jésus, Dieu ne vient pas rétablir un passé glorieux. Le passé est définitivement dépassé. Mais Dieu vient réveiller l’élan du passé que les groupes dominants d’alors étouffent. Jésus apporte l’énergie qui avait parmi à ce petit peuple faible et mal organisé d’inventer sans cesse une spiritualité adaptée au monde qui l’entoure. La vie avec Dieu n’est pas figée et orientée vers le passé. La vie avec Dieu c’est un chemin, une route, un avenir. L’événement c’est que dieu nous accompagne sur ce chemin. Il y a bien sûr obstacles et souffrances. Mais il y a surtout notre quête du bonheur sous le regard bienveillant de Dieu.

Cela correspond à une aspiration profonde de l’humanité et le succès de Jésus, le jour des rameaux est tout à fait logique. Sa personnalité correspond aux désirs humains les plus profonds. Normal que les groupes dont je vous ai parlé aient voulu sa mort. Et comme le mal est toujours plus facile à concrétiser que le bien, ils ont réussi mais provisoirement.

Le christianisme est une dynamique continue. Il vit sans cesse des vendredis saints et des dimanches des rameaux. Il se réinvente sans cesse au cours des siècles. Il a connu des replis et il a toujours sût ressurgir, pour nourrir la foi des populations de son époque. Toujours tenté par le conservatisme bien sûr, le christianisme reste ouvert à l’inattendu et se soucie d’aider les humains à vivre une spiritualité bienfaisante.